J’ai testé pour vous, merci ! ” Orion Beer”

Posted by | September 04, 2012 | Au Quotidien, Blog, Guides | No Comments
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Ce post s’adresse tout particulièrement aux personnes qui se sont gloussées de mon heureuse mésaventure avec les gouttes pour les yeux “Z!”. Car, non ! tout ce que je teste au péril de ma vie ne doit pas forcemment déboucher sur d’atroces souffrances, ni même sur une destruction temporaire de mes papilles gustatives, ou tout autre sens d’ailleurs.

Parfois, occasionnellement, certaines expériences audacieuses donnent droit à un peu de répit à l’aventurier des temps modernes que je suis.

Ce fut certainement le cas avec un mélange secret, gardé par les autochtones depuis la nuit des temps, et qui m’a, NOUS a (Robert-San était avec moi) été transmise non sans avoir du faire offrande de 5 litres de notre sang et 500 yen par personne.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais faire une courte, très courte parenthèse sur les bières au Japon. En règle générale ces dernières sont légères, très rafraîchissantes en raison justement du climat tropical et sont à l’opposé de ce que peuvent vous offrir des brasseries Belges par exemple. C’est comme ça, inutile de comparer, il faut rester à l’échelle, le plaisir étant différent.

Voilà. C’est court, vous en déduirez ce que vous voulez, à la limite je m’en fous un peu, car là, nous allons entrer dans les arcanes d’une tradition secrète protégée génération après génération par les locaux des îles d’Okinawa.

Hoooo, l’archipel d’Okinawa, l’autre qui se la joue à fond (c’est mon côté puant).

Ha, oui, mais pas n’importe quelle île ce serait trop facile de débarquer comme ça à Naha, et paf, tomber sur le chauffeur de Taxi qui vous dit dans son anglais parfait : Au fait, vous voulez connaître le secret le mieux gardé du Japon ? C’est 500 yen !

Les plus futés d’entre vous auront remarqué l’arnaque totale, le chauffeur n’ayant même pas demandé les litrons de fluides vitaux nécessaires aux révélations chamaniques auxquelles nous avons eu droit.

Donc laissons tomber Naha, et poussons un peu plus loin dans les tropiques. Ishigaki-jima! Etape indispensable pour soudoyer certaines personnes (lisez : aller au guichet) et acheter à prix d’or notre passage pour une île perdue au milieu du Pacifique à 10 min de bateau depuis le port d’Ishigaki.

Traversée, houleuse, où Robert et moi avons du batailler ferme pour nous affirmer, et faire comprendre que nous n’étions pas de simples touristes, mais bien des aventuriers de la bonne bouffe et boisson. La mauvaise bière coula à flot, passage rituel assourdissant au parfum de diesel car le tout devait se dérouler sur la partie arrière du bateau, à côté des surpuissants moteurs.

La température extérieure déjà à 28° grimpa encore sous la bâche servant de protection/chauffage solaire et à côté des moteurs tournant à plein régime qui dégageaient aussi une chaleur intense. Cela eut tôt fait de décupler le côté nauseux à chaque tanguage brillament exucuté par le capitaine de mèche avec les moussaillons à qui nous avions à faire. Fort heureusement nous avions été avertis auparavant et avions, Robert et moi, avalé 10 Nausicalm (chacun) une heure avant.


A fond les gaz les mecs, allez y…allez y !!

On resista donc.

Dignes jusqu’au bout.

Une fois arrivés au port de destination on nous fit attendre (ça tombait bien, on se sentait pas au mieux de notre forme). Nos femmes nous laissèrent donc admirer le sol de la salle d’attente pendant qu’elles filèrent dans nos merveilleux bungalows.

Quand l’odeur de diesel s’évapora de nos cerveaux, un homme souriant et jouant d’un sorte de mini banjo fabriqué à partir d’une grosse boîte de conserve se présenta à nous.


Takeda. Notre shaman imbrobable qui disparût dans un petit nuage musical sitôt la cérémonie finie

Dans un japonais chantant il nous dit juste : Iku’n ?!

Nous avions passé la première épreuve, et la suite devait se dérouler au bord de la plage en comité restreint.

A moitié beurrés quand même, nous le suivâmes plus au son de son instrument de musique qu’à notre vue légèrement trouble.

Un feu avait été préparé sur la plage, et on nous expliqua que la danse de purification était bientôt terminée : l’océan était prêt à accepter nos offrandes.


Oh ! des nymphes, ça à l’air sympa comme cérémonie…

Le rituel se passe comme suit. Tout d’abord il faut s’entailler les paumes avec un couteau de pêche semi-rouillé, puis immédiatement passer ses mains ensanglantés sur le sable de corail tant apprécié par les touristes. A ce moment, s’il vous reste encore suffisament de lucidité (vous pouvez vous faire aider), il faut saupoudrer les plaies avec beaucoup de sel et poivre pour préparer vos mains à l’épreuve finale.

Puis, si la douleur ne vous n’a toujours pas assommé, on vous demandera gentiment de plonger vos mains dans l’eau pour attendre qu’un concombre de mer vienne s’accrocher sur vos plaies et vous déléster de votre précieux sang. Passé les 2 premiers litres, vos bras s’engourdissent enfin, et vous n’aurez plus qu’attendre que le charmant animal, une fois rassasié, se sépare de votre paume désinfectée et reparte dans un élégant mouvement de concombre de mer. Sa vitesse de pointe d’environ 1 mètre par heure vous laissera le temps d’apprécier toute la grâce de cette bestiole sympathique.

Une fois passés tous ces petits inconvénients, on vous révélera alors la vraie façon de goûter votre Orion. C’est dans une euphorie et pâleur extrêmes que l’on nous fit asseoir en face d’un magnifique coucher de soleil à même les rochers. Les bières apparurent alors dans leurs pintes givrées, ce qui attenua la douleur quand on les prit à pleines mains (et larmes). Notre ami, Takeda, sortit alors de sa poche une petite fiole contenant un liquide transparent dans laquelle flottaient ce qui semblait être des piments rouges. D’un geste maîtrisé il versa une rasade dans nos pintes, avant même que nous ayons pu protester dans un “erkkk” de surprise.

Il nous ordonna de goûter, et à vrai dire, on en avait bien besoin. C’est dans un rire exsangue que nous trinquions Robert et moi.

Et là révélation !

Notre Orion avait un je ne sais quoi de piquant, pas trop, mais suffisament pour relever le goût de la bière elle-même, tout en ajoutant quelques arômes supplémentaires parfaitement harmonieux.

La pinte se termina très vite, et on en redemanda une nouvelle (500 yen de plus), ainsi que quelques explications concernant la fiole magique.


Robert, 5 litres de sang en moins…5 litres de bière en plus, la belle vie quoi…

Alors, pour vous, veinards, qui ne devrez pas passer par les mêmes épreuves que nous, voici de quoi il s’agit :

L’archipel d’Okinawa est connu pour produire des piments typiques de la région, qui au lieu d’être trempés dans de l’huile, le sont dans un alcool local appellé Awamori. Cet alcool se présente à divers degrés, allant d’un simple 20° à plus de 60°. Les piments macèrent donc dans cet alcool fort, et pour les plus audacieux, une petite lampée bien dosée dans votre pinte ajoutera ce “hummpff” à la bière, une Orion de préférence vous l’aurez compris. Le résultat est sincèrement plaisant, surtout par grande chaleur.

Par contre, la difficulté est évidemment de doser. Un peu trop, et la bière tourne, laissant trop de place au goût pimenté. Trop peu, et cela ne donne pas grand chose. Sachant qu’une fois la bouteille de liquide pimenté finie, elle peut être encore remplie plusieurs fois après avec de l’Awamori.

Il s’agira alors de savoir, après expérience (et un petit truc que je ne dévoilerai pas) si la bouteille dans le restaurant est récente (donc forte), ou plus vieille, (et donc moins forte, ben ouais). Car de là dépendra le dosage dans votre bière.

Bien que certains aspects de notre quête aient été légèrement dramatisés (notamment le coup du Taxi à Naha), il en reste pas moins que la formule que je vous présente est véridique. Ne vous étonnez pas si l’on vous regarde un peu bizarrement si vous tentez le coup, il y a peu d’initiés. Vous pensez bien, que l’histoire des concombres de mer a dû en effrayer plus d’un.

En tous cas nous, nous avons adoré cela et passé de bien bons moments à chercher le parfait mélange Bière-Awamori-piments.

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