Les plaisirs cachés du curry japonais

Posted by | September 19, 2012 | Au Quotidien, Bars & Restaurants, Blog | No Comments
curry_000 [blockquote]Le curry japonais, c’est un peu la madeleine de Proust des salarymen.[/blockquote]

Pour relancer notre rubrique Guide et Restaurants, cette fois-ci sur Fukuoka, j’ai décidé de commencer avec un tout petit boui-boui, caché dans le labyrinthe de sous-terrains autour de la station de Metro de Tenjin. C’est si petit et si boui-boui qu’en fait je n’en ai même pas retenu le nom et que je ne l’ai trouvé que grâce à Google map (c’est dire que c’est puissant): le OKARINA. La spécialité de cette gargotte, qui n’a rien d’un restau de Joël Robuchon, est le curry. Or, le curry japonais est une vraie madeleine de Proust à lui tout seul, qui mérite qu’on le présente dignement.

Oui, sous sa forme la plus connue du “curry rice” (karé raisu pour être tout à fait correct), le curry japonais – qui a une vague origine indienne – est un peu l’équivalent des boulettes de viande suédoise, du plat de spaghetti napolitain ou du cervelas suisse: il fait partie de ces aliments qui marquent toute une civilisation car les enfants sont nourris à ça. C’est l’un de ces repas de réconfort que tout enfant a mangé et remangé chez lui et, une fois devenu adulte, qu’il dégustera avec passion aussi souvent que possible.

Je vous l’avoue tout de suite, on ne s’est pas mis au curry immédiatement, au contraire. Ce n’est que depuis cette année qu’on a découvert le “facteur curry” – et là, quel nouveau monde s’est ouvert à nous!

Jusqu’alors, l’aspect pas extrêmement attirant des plats en plastique exposés dans les devantures des restaurants ne nous avait pas franchement attirés. Nous ignorions alors tout de sa stature d’idôle sacrée, du fait que des centaines de livres ou encore des dizaines d’émissions culinaires lui sont consacrés. Que chaque famille, chaque mère japonaise, possède sa propre recette jalousement gardée où légumes, viande, curry mijotent lentement pour donner un résultat extrêmement surprenant… en bien!

Comme quoi, une fois encore, les apparences sont trompeuses.

Ceci étant dit, il y a karé et karé. Vous pouvez en acheter tout fait tout prêt dans les grandes surfaces (y en a même à l’effigie d’Anpanman pour rendre accros les touts-petits – et je parle d’expérience… le nôtre en réclame dès qu’il le voit).

Vous pouvez en manger dans des chaînes de restauration rapide, et vous pourrez alors goûter aussi les udon au curry par exemple, mais le goût n’y est souvent pas, ou le plat peut facilement vous rester sur l’estomac.

Et puis, vous pouvez aussi tenter le tout pour le tout et aller déguster un karé raisu (et ses nombreuses variantes, y compris le katsu-karé, avec une tranche de porc panée en prime) dans un petit boui-boui comme celui dont je vous parle aujourd’hui. Là, vous ferez fi de l’ambiance, de la déco, de la musique, du cadre… pour vous concentrer sur l’essentiel: votre plat.

Dans notre petit boui-boui de Tenjin, le OKARINA, la recette est certainement ancestrale. La patronne doit certainement faire du curry depuis au moins 50 ans, c’est vous dire son âge et son expérience. Sans doute est-ce son fils aux fourneaux. C’est donc dire qu’il s’agit là d’une affaire familiale. La clientèle est quasiment exclusivement composée d’employés de bureaux, presque tous masculins, à la recherche de la saveur de leur enfance. Madeleine de Proust, je vous le disais!

Leur karé raisu basique (pas de petit plus superful) est ridiculement bon marché: 550 yen. Le plat du jour (toujours le même chaque jour!) est aussi un karé raisu, mais avec une petite série de toppings supplémentaires: une petite saucisse, une petite tranche de porc panée et un oeuf au plat. Le tout pour… 750 yen. Pas de quoi griller votre porte-monnaie. D’un point de vue de la présentation, elle n’est pas originale car tous les karé raisu se présentent de la même façon, quelque soient leurs toppings: du riz blanc sur une moitié de l’assiette, la sauce au curry (avec plus ou moins de viande) de l’autre côté. A déguster – avec une cuillère – comme vous le souhaitez, il n’y a pas de règle!

Le must absolu: rajouter des petites lamelles de gingembre mariné sur votre karé: le mélange des saveurs est extraordinaire.

L’ambiance est tout de même mythique, ça vaut la peine d’en parler: on a rarement fait aussi kitsch et moche. La déco tourne autout de… Disney, oui oui, avec une exception: l’horloge murale est sur le thème de Snoopy. A admirer: un puzzle de la Belle au bois dormant encadré trône au-dessus des tables en fornica. La musique ne dépasse jamais les hits de 1992, avec une nette préférence pour les années 1980. Du pur bonheur! La petite photo prise ci-dessous (et filtrée avec un filtre “1970” pour renforcer le trait) parle d’elle-même.

Le boui-boui lui-même se trouve donc dans la galerie marchande, au niveau B2 de l’immeuble de la banque Nomura, dans le Daimyo-2-chome, sur la Showa-dori. Depuis l’extérieur, vous y accéder via les ascenceurs de la banque ou via les escaliers extérieurs qui mènent au Metro. Par contre, depuis les sous-terrains du Metro de Fukuoka et le Chikagai, il faut viser la sortie n°1, et remonter les escaliers jusqu’à cette galerie. Là, tournez un petit moment (ce n’est pas bien grand) et cette antre se trouve juste à côté d’un restaurant à Udon et Tempura. 

Bref! Une grande et belle expérience qui vous apprend à 1) dépasser vos préjugés en matière d’aménagement intérieurs, 2) dépasser le “gag effect” à la vue d’un plat relativement étrange aux yeux d’Occidentaux manquant de culture culinaire, 3) dépasser le seuil de la douleur audio-visuelle face à un cadre qui vous donne plus envie de rigoler un bon coup qu’autre chose.

Résultat, Zebraman et moi y allons souvent, parfois même au moins une fois par semaine, car c’est certain: un bon curry, dont les goûts savoureux emplissent bouche et estomac, qui ne reste pas sur le ventre toute la journée et qui a un sacré goût de reviens-y, c’est sacré!

Nom complet : OKARINA (おかりな)
Type de restaurant : Restaurant Japonais
Type de Cuisine : Curry
Detente-o-metre ♥♥♥♡♡ / Silence je me nourris et c’est bon !
Catégorie de prix : ¥¥¥¥ / C’est presque du vol à l’envers…
Quartier : Tenjin
Adresse :

2-14-8-B1F, Tenjin, Chuo-ku, Fukuoka-shi, Fukuoka 810-0001

福岡県福岡市中央区天神2丁目14−8 福岡天神センタービル B1F

Tél : +81 92-781-0344
Site web : Tu plaisantes ou quoi?
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Tenjin 天神 Metro Fukuoka
   

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