Tokyo Vertiges – Entre temps, espace(s) et interstices (I)

Posted by | February 04, 2014 | Forever Tokyo, Uncategorized | No Comments
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Until the Morning – The Richest Man In Babylon

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Un soir de printemps, Tokyo 2007

Je reviens à mon hôtel à Meguro, le Claska, un concentré de sous-culture Tokyoïte soft situé près d’un quartier universitaire branché, lissé qui parfois héberge des expositions d’artistes divers. J’aime cet endroit, tantôt calme, parfois très agité. Ses vieux canapés cuir, les luminaires de collection et la grande baie vitrée donnant sur la meguro dori ont vite fait de m’engloutir dans un “fix” immédiat. Il est assez tard, mais comme souvent durant nos voyages au Japon le sommeil peine a venir tant il y a à faire, a voir et a comprendre, c’est une de ces nuits ou je m’interroge, ou je sens que j’essaie de m’agripper à une notion qui semble filer avec une pensée d’avance. La capitale m’enivre doucement, je peux presque ressentir l’ivresse irradier d’une oreille à l’autre, la musique qui m’entoure se mariant parfaitement au lieu et solitude du moment.

C’est vraisemblablement en titubant un peu que je remonte dans ma chambre, laissant derrière moi un bar qui n’a pas encore fini de se remplir et l’illusion qu’il ne fermera jamais, figé dans une nuit sans fin que je souhaiterais visiter quand j’en trouverai enfin l’entrée.

Mon esprit vagabonde encore dans les creux et replis de Tokyo en pensant à ce qui va probablement arriver d’ici deux ans. L’idée de partir ayant commencé à s’enraciner une partie de moi essaye comme d’habitude de rationaliser, de trouver une faille dans l’impulsion, très probablement je laisse parler des peurs ou des doutes plus fort que je ne devrais. Avant de faire le grand pas, de m’y installer, d’y vivre j’aurais souhaité moi même déchiffrer cette attraction qui parfois s’apparente à une perte d’équilibre volontaire quand ce n’est pas carrément une chute étourdissante.

Mais comment décrire ce plongeon ? Comment finalement détailler, décortiquer une sensation qui s’est affinée au fil des ans à travers un nombre invraisemblable de détails qui ne peuvent même pas être résumés par leur simple addition ? Aujourd’hui encore en 2014 au moment que j’écris ces lignes ou 5 ans auparavant, ma tête collée à cette fenêtre sur un autre monde. Cela me semble impossible…

Je bois encore un peu, et plisse les yeux pour transformer les lumières nocturnes en une danse maintenant connue. La lune dans le coin droit, une étoile un peu plus bas, la tour de communication de l’autre côté, mon repère quand je dois rentrer la nuit depuis la station de métro.

Je souhaiterais décrire ce que je ressens en voyant cela, ce sentiment de se fondre dans cette immensité urbaine, ses habitants, un peu comme si je pouvais en un instant épier chacun, chacune  à la façon d’un gigantesque voyeur et m’immiscer dans leur vie durant cette fraction de seconde. Et ainsi, seconde après seconde, à travers une infinité d’interstices, faisant délicatement sauter les loquets de toute intimité, visitant le beau et le laid suffisamment vite pour ne me laisser qu’une impression floue, parfois inquiétante mais toujours plus excitante pour en redemander encore.

Mais je souris devant l’évidence : je ne saurais vraiment l’expliquer même à travers une mer de corail, verre après verre, comme le chantait si bien mon ami poète. Il faut visiter ces strates, les vivre selon un chemin qui ne peut être que le sien, sans calque ni même le plan maintes fois plié par quelqu’un d’autre. La seule chose que je puisse offrir c’est un point de départ, une direction approximative ainsi que quelques lieux de rencontre. Peut-être est ce là le seul but inavoué de ces lignes, partager ce regard jeté dans les nombreuses allées étroites de Tokyo.

J’imagine que nous nous retrouverons sûrement à un croisement tard la nuit en attendant que le feu ne passe au vert. Juste le temps s’échanger nos impressions avec complicité, un brin de culpabilité et un café pour repartir ensuite chacun en direction de la lumière qui nous attire le plus.

Ce serait parfait…

En revenant timidement à la réalité, à ce tournant dans ma vie qui s’annonce,  l’angoisse reprend son travail de sape. Le chemin s’encombre d’inconnues parfois farfelues, mais il va bien falloir se décider, sachant que si je vais probablement m’enrichir d’un nombre incroyable d’expériences je vais également laisser quelque chose derrière moi. Mais quoi ? Peut-être quelque chose de superflu, d’inutile, un poids…peut-être au contraire quelque chose qui me tient à cœur, ou pire encore.

Je n’en sais rien et tout le problème est là : il n y a aucun moyen d’anticiper cela ! Pourtant l’envie, le désir est bien là, viscéral et je sens bien que j’ai de plus en plus de mal à l’éteindre.

Malgré moi un sourire éclaire le reflet de mon visage…

Musique : Until the Morning – The Richest Man In Babylon/ Si tu l’achètes à travers le lien ci-dessous, tu soutiens Kobinitude !! Merci.

 

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